SNCF : l'Espagne accuse Ouigo de concurrence déloyale



Jeudi 4 Avril 2024
Aurélien Delacroix

Le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, a exprimé de sérieuses préoccupations concernant les pratiques tarifaires de la filiale à bas coûts de la SNCF, Ouigo. Accusée de vendre ses billets « très en dessous » de leurs coûts de production, cette stratégie serait, selon lui, à l'origine d'un déséquilibre concurrentiel préjudiciable à la compagnie nationale, Renfe.


Des prix en chute libre grâce à Ouigo

Depuis l'arrivée de Ouigo en Espagne en 2021, le secteur ferroviaire espagnol vit une période de transformations profondes marquée par une concurrence accrue. La libéralisation du marché ferroviaire espagnol avait initialement été saluée pour avoir entraîné une baisse générale des prix des billets de train, rendant le transport plus accessible.

Cependant, selon Óscar Puente, cette baisse des prix serait allée au-delà d'un seuil soutenable pour les entreprises du secteur, mettant en péril leur viabilité économique. Dans ce contexte, le gouvernement espagnol envisage de porter l'affaire devant la Commission nationale des Marchés et de la Concurrence (CNMC), accusant Ouigo de pratiques déloyales.

L'impact de la présence de Ouigo sur le marché espagnol ne se limite pas à des questions de concurrence. Selon Alain Krakovitch, président de Ouigo España et directeur TGV-Intercités de SNCF Voyageurs, la stratégie tarifaire de l'entreprise a permis de démocratiser l'accès au train à grande vitesse en attirant une clientèle qui, auparavant, n'optait pas pour ce mode de transport.

Plus de la moitié des clients de Ouigo seraient de nouveaux usagers du train. Cette nouvelle clientèle choisirait le train au détriment de l'avion ou de la voiture, ce qui souligne un changement significatif dans les habitudes de mobilité.

Guerre des prix ou avancée pour les consommateurs ?

La situation soulève des questions fondamentales sur l'équilibre entre la concurrence tarifaire et la viabilité économique des entreprises ferroviaires. D'un côté, la stratégie de Ouigo semble avoir contribué à une démocratisation du transport à grande vitesse en Espagne, en offrant des alternatives plus abordables à une portion plus large de la population. D'un autre côté, les accusations de vente à perte et de concurrence déloyale posent le problème de la durabilité de ces modèles économiques à bas coût et leur impact sur le paysage concurrentiel du transport ferroviaire.

Le débat dépasse les frontières nationales, touchant également à la question de l'interaction entre entreprises publiques et politiques gouvernementales transnationales. Le gouvernement espagnol suggère que la politique tarifaire de Ouigo en Espagne ne serait pas viable sans l'approbation des autorités françaises, ce qui met en lumière la complexité des enjeux économiques et politiques qui sous-tendent le marché ferroviaire européen.

La situation actuelle reflète les tensions inhérentes à la libéralisation des marchés et à l'introduction de nouveaux acteurs dans des secteurs traditionnellement dominés par des monopoles d'État. La résolution de ce conflit pourrait nécessiter une réévaluation des règles de concurrence et de la régulation du marché ferroviaire à l'échelle européenne, afin de garantir une concurrence loyale tout en préservant l'intérêt des consommateurs pour un transport accessible et durable.



Tags : Espagne, Ouigo, SNCF





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