Droit de douane à 30% pour la Chine : Bercy prend ses distances avec le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan



Vendredi 13 Février 2026
Anton Kunin

Le débat en France sur l’instauration d’un fort droit de douane contre la Chine a franchi un cap. En proposant une taxe générale de 30% sur les importations chinoises ou, à défaut, une forte dépréciation de l’euro, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan a relancé une controverse sensible.


Selon le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, 25% des exportations françaises sont exposées à la concurrence chinoise

Droit de douane à 30% pour la Chine : Bercy prend ses distances avec le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan
Le 9 février 2026, une publication du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan a replacé l'idée d'un fort droit de douane face à la Chine au cœur du débat économique européen. L’institution, dirigée par Clément Beaune, y décrit un déséquilibre croissant entre l’Union européenne et la Chine, nourri par la montée rapide des exportations chinoises à bas coûts. Cette prise de position a immédiatement suscité des réactions politiques à Paris, mais aussi des mises en garde en provenance de Pékin.

Selon le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, l’Europe fait face à un choc d’une ampleur inédite. Dans son analyse, l’institution décrit un « rouleau compresseur » industriel chinois, alimenté par des coûts de production inférieurs de 30% à 40% à ceux observés en Europe. Ce différentiel, combiné à des capacités de production massives, fragilise de nombreux secteurs européens. Ainsi, près de 25% des exportations françaises seraient directement exposées à cette concurrence, tandis qu’en Allemagne, jusqu’à 66% de la production industrielle pourrait être concernée. Dans ce contexte, le droit de douane apparaît, aux yeux des économistes du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, comme un outil de rééquilibrage possible, mais politiquement explosif.

Pour répondre à cette situation, le rapport met en avant deux options radicales. D’une part, l’instauration d’un droit de douane généralisé de 30% sur l’ensemble des produits chinois entrant sur le marché européen. D’autre part, une dépréciation de l’euro comprise entre 20% et 30% face au renminbi, afin de restaurer artificiellement la compétitivité des entreprises européennes. Dans les deux cas, l’objectif affiché est clair : freiner la progression des exportations chinoises et protéger l’appareil productif européen. Toutefois, le document souligne aussi les risques économiques et diplomatiques associés à de telles mesures, notamment en matière d’inflation et de représailles commerciales.

Bercy prend ses distances avec Clément Beaune et plaide pour des mesures sélectives

Face à ces propositions, la réaction du gouvernement français s’est voulue mesurée. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a rapidement pris ses distances avec l’idée d’un droit de douane généralisé. Selon lui, une telle mesure comporterait des risques importants pour l’économie française et européenne, notamment en renchérissant le coût des importations pour les entreprises et les consommateurs. Il a rappelé que la France restait attachée au cadre multilatéral du commerce international et à l’utilisation d’outils ciblés, conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce.

Dans ses déclarations publiques, le ministre a insisté sur la nécessité de distinguer concurrence et concurrence déloyale. Plutôt qu’un droit de douane uniforme, il plaide pour des mesures sélectives, ciblant précisément les secteurs où des subventions massives ou des pratiques de dumping seraient avérées. Cette approche, déjà privilégiée par la Commission européenne dans les dossiers liés aux véhicules électriques ou aux technologies vertes, permettrait selon lui de défendre l’industrie européenne sans déclencher une guerre commerciale ouverte. En filigrane, le gouvernement français cherche ainsi à ménager ses partenaires européens tout en évitant une escalade avec Pékin.

En cas de mise en place d'un droit de douane universel, la Chine prendra des mesures de rétorsion

La publication du rapport n’a pas seulement nourri un débat technocratique. Elle a aussi déclenché une vive polémique politique en France. Certains responsables politiques ont salué le courage du Haut-commissariat, estimant que la question du droit de douane était trop longtemps restée taboue. D’autres, en revanche, ont dénoncé une proposition jugée irréaliste et potentiellement dangereuse pour une économie européenne largement dépendante des chaînes de valeur mondiales. Ce clivage illustre les tensions croissantes autour de la stratégie commerciale à adopter face à la montée en puissance des exportations chinoises.

Du côté de Pékin, la réaction a été rapide et ferme. Les autorités chinoises ont averti que toute instauration d’un droit de douane massif sur leurs produits serait perçue comme une mesure protectionniste injustifiée. Elles ont évoqué la possibilité de mesures de rétorsion commerciale, notamment sous la forme d’enquêtes anti-dumping visant certains produits européens emblématiques, comme le vin ou les produits agroalimentaires. Cette réponse s’inscrit dans une stratégie plus large de défense des intérêts chinois, alors que le pays cherche à maintenir l’accès de ses exportations aux marchés européens, essentiels à sa croissance.








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