Haro sur les constructions en bois ? Le débat enflamme la filière



Jeudi 12 Avril 2018
La Rédaction

La filière bois a le vent en poupe en France. Le bois serait désormais paré de toutes les vertus : plus écologique, plus performant, plus compétitif. Au nom de la lutte contre le réchauffement climatique et de la politique nationale d'efficacité énergétique, les aides publiques se multiplient en faveur du bois dans le chauffage domestique et l'isolation, en dépit d'une réalité plus complexe. Le bois cacherait-il la forêt ?


L'Etat, les collectivités territoriales et les organismes publics (Ademe, Anah, Caf) offrent de nombreuses réductions fiscales et subventions afin d'encourager les travaux d'amélioration de l'efficacité thermique : crédit d'impôt, Prime énergie, Pacte Energie Solidarité, éco-prêt à taux zéro, subventions locales, chèque énergie, aide des caisses de retraite, prêts des caisses d'allocations familiales, TVA réduite à 5,5%, compte épargne CO2... Ces soutiens semblent porter leurs fruits sur les marchés du chauffage domestique et de l'isolation. Autant dire que la filière-bois tire très bien son épingle du jeu. Pour louer les atouts du bois, les acteurs de la filière-bois avancent des arguments de trois ordres : écologique, technique et économique. Qu'en est-il vraiment ?

Filière bois : effet de mode contre effet de serre
 
Sur le plan écologique et environnemental, le mot d'ordre est la lutte contre l'effet de serre et la réduction des émissions de CO2. Le bois est-il vraiment le « puits de carbone » tant vanté ? Selon l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), la production du bois d'œuvre et la réalisation d'une maison en bois consomment moins d'énergie en comparaison avec d'autres procédés de construction comme les briques ou le béton. Mais c'est sans compter les sources de CO2 dans l'ensemble du process de fabrication et de transformation du bois : abattage, sciage, rabotage, séchage et transport.
 
Ce dernier point, l'impact du transport, est souvent occulté : la distance moyenne entre la forêt et la scierie d'une part (une centaine de km), et entre la scierie et le chantier d'autre part (plusieurs centaines de km), est loin d'être négligeable et pèse sur le bilan carbone de la filière. A cela s'ajoute l'impact CO2 des importations de bois en provenance de l'étranger – qui ne représentent pas moins de 60% des sciages utilisés en France ! Et si ces importations sont si importantes, c'est que cette ressource dite « renouvelable » n'est que partiellement exploitable en France (IFN, Enquête annuelle Agreste, PIPAME)… De plus, du point de vue de la préservation de l'environnement, la gestion industrielle des forêts françaises a des effets préoccupants : forêt mono-essence, coupe à blanc, déforestation, détérioration de la biodiversité. Et le manque d'harmonisation entre les certifications forestières internationales PEFC et FSC ajoute encore à la confusion.
 
Un autre problème concerne la réputation du bois, considéré sain par définition. Certes, il offre des qualités intrinsèques incontestables : qualité hygroscopique par absorption de l'humidité de l'air, absence d'électricité statique... Mais le bois n'est pas exempt de risques liés aux traitement chimiques indispensables (ignifuges, insecticides, fongicides) et aux produits de collage. Le bois émet aussi des COV (composés organiques volatils) qui polluent l'air intérieur, notamment du terpène, substance irritante ; les traitements chimiques contiennent également du formaldéhyde, composé classé en 2004 par le Centre international de recherche sur le cancer comme « cancérigène avéré chez l'homme ». En conséquence, une analyse de cycle de vie (ACV) montre qu'un mur à ossature en bois, avec ses enduits et ses isolants, engendre des déchets dangereux à hauteur de 20%. On est loin de la vision bucolique qui imprègne tant les esprits au sujet du bois.

Naturel ou durable : il faut choisir
 
Les arguments techniques mis en avant en faveur du bois prêtent également à controverse.

Le bois est-il un matériau si pérenne ? Oui, mais à condition de subir les traitements préventifs et curatifs ad hoc contre l'eau, les insectes et les champignons, dont les effets viennent d'être mentionnés.

Est-il d'une si grande résistance mécanique ? En fait, ce sont des traitements spécifiques ou des matériaux composites alliant le bois à d'autres composants qui permettent d'accroître ses performances.
 
Comment se comporte-t-il face au feu ? D'abord le bois n'est pas incombustible, même s'il peut résister à une attaque brève de petites flammes ou d'un objet ardent ; c'est la raison pour laquelle, dans la classification française de combustibilité des produits de construction, le bois est classé en M3 (« moyennement inflammable »), et se place ainsi à la quatrième position parmi cinq catégories qui vont de M0 à M4, M0 correspondant au matériau le plus difficilement inflammable et M4 au plus facilement inflammable. Ce qui équivaut, dans la codification européenne de réaction au feu, allant de A à F en fonction de la réaction au feu, à l'euroclasse D, soit la quatrième sur les six qui la composent. De plus en cas d'incendie, une structure en bois se consume à raison d'un centimètre en quinze minutes et peut donc s'effondrer rapidement : un montant d'ossature classique de quatre centimètres par douze, attaqué par les deux côtés, brûle complètement en trente minutes.
 
Est-il besoin d'ajouter l'incidence économique directe et indirecte de tous ces éléments ? Les tenants de la filière bois ont tendance à sous-estimer trois effets induits : d'abord les importations qui pèsent sur notre balance commerciale ; ensuite, pour l'utilisateur, les coûts cachés qui résultent à la fois des traitements qui renchérissent la fabrication, des isolants qui assurent 97,5% de la résistance thermique d'une ossature en bois, de la complexité des systèmes constructifs qui est source de malfaçons, et des dépenses d'entretien régulières des bardages, peintures et lasures. Enfin, élément méconnu, le bois est un matériau qui n'est recyclé et revalorisé en fin de vie qu'à hauteur de 50% au maximum !

Au vu de ces éclairages macro-économiques, sociaux et sanitaires, la question se pose : doit-on encore suivre la mode du bois à tout prix ?




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