Les chiffres qui comptent : 85 nouvelles entreprises, mais un marché qui se rétracte
Jamais depuis son lancement, l'étiquetage nutritionnel n'avait connu pareille inflexion. L'Observatoire de l'alimentation (Oqali) révèle dans son bilan 2025 que la part de marché des produits arborant le logo coloré régresse de 64% à 63% entre 2024 et 2025. Un point qui masque une guerre de tranchées entre acteurs industriels.
Le paradoxe frappe d'emblée. En juin 2025, 1.462 entreprises affichent leur engagement, contre 1.377 un an plus tôt. L'arithmétique semble jouer en faveur du dispositif. Pourtant, le volume global de produits étiquetés recule pour la première fois. L'explication réside dans la nature des nouveaux entrants : majoritairement des PME et acteurs de niche, dont le poids commercial demeure marginal face aux mastodontes de l'industrie.
Le paradoxe frappe d'emblée. En juin 2025, 1.462 entreprises affichent leur engagement, contre 1.377 un an plus tôt. L'arithmétique semble jouer en faveur du dispositif. Pourtant, le volume global de produits étiquetés recule pour la première fois. L'explication réside dans la nature des nouveaux entrants : majoritairement des PME et acteurs de niche, dont le poids commercial demeure marginal face aux mastodontes de l'industrie.
Nutri-Score : plus d'acteurs, mais moins de parts de marché
L'Oqali identifie 20 secteurs sur 29 où les marques nationales engagées perdent du terrain. Céréales du petit-déjeuner et produits laitiers concentrent les hémorragies les plus sévères. Le retrait silencieux de Kellogg's après la révision algorithmique du 15 mars 2025, conjugué au désengagement assumé de Danone sur ses yaourts dès juin 2024, provoque des effets systémiques. Ces deux acteurs pèsent assez lourd pour inverser la courbe d'adoption globale, neutralisant l'apport de dizaines de petites structures.
La temporalité joue un rôle crucial. Les données d'achats 2022 servent de base aux estimations 2023-2025 de l'observatoire, avec un panel Kantar représentant 20.000 ménages et 19 millions d'actes d'achat. Ce décalage méthodologique suggère que le recul pourrait s'amplifier lorsque les comportements 2024-2025 seront intégrés aux calculs futurs.
La temporalité joue un rôle crucial. Les données d'achats 2022 servent de base aux estimations 2023-2025 de l'observatoire, avec un panel Kantar représentant 20.000 ménages et 19 millions d'actes d'achat. Ce décalage méthodologique suggère que le recul pourrait s'amplifier lorsque les comportements 2024-2025 seront intégrés aux calculs futurs.
Les marques de distributeurs, les vraies gagnantes
Derrière le recul global se dessine une redistribution des cartes. Les marques de distributeurs (MDD) creusent l'écart avec les marques nationales, transformant le Nutri-Score en outil de différenciation commerciale pour la grande distribution. Les MDD représentent désormais 32 des 63 points de part de marché engagés. Leur taux d'adoption frôle les 100%, qu'il s'agisse de gammes entrée de prix ou premium. Cette fidélité quasi-totale au dispositif contraste avec la volatilité des groupes industriels. Pour les enseignes, l'étiquetage nutritionnel constitue un levier de valorisation à coût marginal, puisqu'elles contrôlent l'intégralité de la chaîne, de la formulation au linéaire.
Les enseignes à dominante marques propres affichent un engagement de 70%, les distributeurs spécialisés de 65%. La grande distribution découvre dans le Nutri-Score un argument de conquête face aux industriels historiques, inversant le rapport de force traditionnel.
Les enseignes à dominante marques propres affichent un engagement de 70%, les distributeurs spécialisés de 65%. La grande distribution découvre dans le Nutri-Score un argument de conquête face aux industriels historiques, inversant le rapport de force traditionnel.
Marques nationales en repli : de 39% à 37% d'engagement
L'effritement s'accélère. Les marques nationales ne pèsent plus que 20% des parts de marché engagées en 2025, avec un taux d'adoption passant de 39% à 37% en un an. Depuis 2021, où elles plafonnaient à 33%, leur progression s'essouffle. Le nouveau mode de calcul, plus sévère pour certaines catégories, explique partiellement ce reflux. Plusieurs groupes préfèrent retirer l'affichage plutôt que d'assumer une dégradation de notation.
Le géant laitier Lactalis, lui, n'a jamais franchi le pas. Son absence pèse lourd dans un secteur où la concentration industrielle amplifie l'impact de chaque décision stratégique. Le rapport de l'Oqali souligne que le retrait d'une entreprise dominante suffit à inverser la dynamique d'un segment entier.
Le géant laitier Lactalis, lui, n'a jamais franchi le pas. Son absence pèse lourd dans un secteur où la concentration industrielle amplifie l'impact de chaque décision stratégique. Le rapport de l'Oqali souligne que le retrait d'une entreprise dominante suffit à inverser la dynamique d'un segment entier.
Secteurs sinistrés : céréales (moins 4 points) et produits laitiers (moins 3 points)
Les céréales du petit-déjeuner perdent 6 points de parts de marché pour les marques nationales engagées, soit 4 points sur l'ensemble du secteur. Les produits laitiers et desserts frais subissent un recul de 6 points pour les marques nationales, traduisant un repli global de 3 points. Paradoxalement, ces catégories affichent encore des taux de couverture élevés : 93% pour les céréales, 81% pour les produits laitiers. Mais la dynamique s'inverse.
D'autres segments résistent mieux. Les plats cuisinés surgelés atteignent 88% de couverture, les produits traiteurs frais 85%, les conserves de fruits 92%. La géographie sectorielle du Nutri-Score révèle des stratégies différenciées selon les marges, la structure concurrentielle et le profil nutritionnel moyen des gammes.
D'autres segments résistent mieux. Les plats cuisinés surgelés atteignent 88% de couverture, les produits traiteurs frais 85%, les conserves de fruits 92%. La géographie sectorielle du Nutri-Score révèle des stratégies différenciées selon les marges, la structure concurrentielle et le profil nutritionnel moyen des gammes.
L'absence comme stratégie commerciale
Certains groupes transforment le non-engagement en positionnement. Lactalis mise sur d'autres leviers de valorisation (origine du lait, savoir-faire, patrimoine). Kellogg's a quitté discrètement le dispositif après mars 2025, selon le professeur Serge Hercberg, évitant ainsi une communication frontale tout en échappant aux contraintes du nouvel algorithme.
Danone incarne une position intermédiaire. Le groupe affiche toujours le Nutri-Score sur certaines références, mais l'a retiré d'autres produits phares. Ce positionnement sélectif traduit un arbitrage fin entre segments de marché, anticipant probablement des réactions différenciées des consommateurs selon les univers.
Les circuits spécialisés biologiques progressent de 1% à 11% de parts de marché en un an. Ils capitalisent sur une clientèle sensible aux signaux nutritionnels, sans pour autant systématiser l'affichage. Cette logique de notation sectorielle pourrait inspirer d'autres marchés cherchant à structurer l'information consommateur.
Danone incarne une position intermédiaire. Le groupe affiche toujours le Nutri-Score sur certaines références, mais l'a retiré d'autres produits phares. Ce positionnement sélectif traduit un arbitrage fin entre segments de marché, anticipant probablement des réactions différenciées des consommateurs selon les univers.
Les circuits spécialisés biologiques progressent de 1% à 11% de parts de marché en un an. Ils capitalisent sur une clientèle sensible aux signaux nutritionnels, sans pour autant systématiser l'affichage. Cette logique de notation sectorielle pourrait inspirer d'autres marchés cherchant à structurer l'information consommateur.
Quel modèle économique à long terme pour le Nutri-Score ?
Huit ans après son lancement, le caractère volontaire du dispositif révèle ses limites structurelles. Les tentatives récentes pour imposer l'obligation ont échoué, laissant le système à la merci des calculs stratégiques de chaque acteur. Tant que l'affichage reste facultatif, les marques arbitreront entre transparence nutritionnelle et optimisation commerciale.
L'Oqali pointe les marques nationales comme le principal levier de croissance futur. Mais cette préconisation se heurte à une réalité : plus le dispositif progresse, plus les acteurs réticents disposent de positions dominantes leur permettant de s'en affranchir. Le Nutri-Score entre dans une phase où chaque point de progression exigera des efforts croissants.
La révision algorithmique de mars 2025 complique encore l'équation. En durcissant les critères, elle améliore la pertinence nutritionnelle mais fragilise l'adhésion des industriels. Le panel Kantar, figé sur les achats 2022, ne capture pas encore l'onde de choc de cette mise à jour. Les prochains bilans diront si le recul de 2025 constitue un accident ou une rupture durable.
La bataille du Nutri-Score se joue désormais sur le terrain de la réallocation des parts de marché entre distributeurs et industriels. Les MDD transforment l'étiquetage en avantage concurrentiel structurel, tandis que les marques nationales calculent le coût d'opportunité de leur engagement. Entre ces deux logiques, le consommateur final demeure l'arbitre involontaire d'une guerre économique qui dépasse largement les enjeux nutritionnels affichés.
L'Oqali pointe les marques nationales comme le principal levier de croissance futur. Mais cette préconisation se heurte à une réalité : plus le dispositif progresse, plus les acteurs réticents disposent de positions dominantes leur permettant de s'en affranchir. Le Nutri-Score entre dans une phase où chaque point de progression exigera des efforts croissants.
La révision algorithmique de mars 2025 complique encore l'équation. En durcissant les critères, elle améliore la pertinence nutritionnelle mais fragilise l'adhésion des industriels. Le panel Kantar, figé sur les achats 2022, ne capture pas encore l'onde de choc de cette mise à jour. Les prochains bilans diront si le recul de 2025 constitue un accident ou une rupture durable.
La bataille du Nutri-Score se joue désormais sur le terrain de la réallocation des parts de marché entre distributeurs et industriels. Les MDD transforment l'étiquetage en avantage concurrentiel structurel, tandis que les marques nationales calculent le coût d'opportunité de leur engagement. Entre ces deux logiques, le consommateur final demeure l'arbitre involontaire d'une guerre économique qui dépasse largement les enjeux nutritionnels affichés.

France



