De 628 à 543 dispositifs : une réduction insuffisante
La mise en place du Régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétés, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) avait permis de réduire le nombre de primes de 628 à 543 entre 2015 et 2025. La baisse de 13,5% peut sembler significative sur le papier. Pourtant, les inspections générales jugent sévèrement le bilan. « Les objectifs poursuivis en termes de simplification, de transparence et de lisibilité de la rémunération n'ont été que partiellement atteints », peut-on lire dans le rapport. La multiplication des dispositifs traduit une incapacité chronique à penser la rémunération publique comme un système cohérent. Au lieu de rationaliser, l'État a continué d'empiler des mécanismes compensatoires au fil des besoins politiques et budgétaires. Vingt-deux primes représentent moins de 100 euros par agent et par an, tandis que 185 dispositifs concernent moins de 100 bénéficiaires. La fragmentation atteint un degré pathologique.
Le paysage indemnitaire actuel résulte d'une sédimentation historique jamais remise à plat. Certains dispositifs datent d'avant 1970 et n'ont jamais été révisés malgré l'évolution radicale des métiers et des conditions de travail. Le gel du point d'indice (stagnant depuis trois ans, avec une progression de seulement 6,3% entre 2015 et 2025 face à une inflation de 21%) a transformé les primes en variable d'ajustement du pouvoir d'achat. L'État a préféré multiplier les indemnités ciblées plutôt que revaloriser le traitement de base. Résultat : une architecture illisible où la rémunération dépend davantage du ministère d'affectation et de la capacité de négociation corporatiste que de critères objectifs de qualification ou de responsabilité.
Le paysage indemnitaire actuel résulte d'une sédimentation historique jamais remise à plat. Certains dispositifs datent d'avant 1970 et n'ont jamais été révisés malgré l'évolution radicale des métiers et des conditions de travail. Le gel du point d'indice (stagnant depuis trois ans, avec une progression de seulement 6,3% entre 2015 et 2025 face à une inflation de 21%) a transformé les primes en variable d'ajustement du pouvoir d'achat. L'État a préféré multiplier les indemnités ciblées plutôt que revaloriser le traitement de base. Résultat : une architecture illisible où la rémunération dépend davantage du ministère d'affectation et de la capacité de négociation corporatiste que de critères objectifs de qualification ou de responsabilité.
Des écarts extrêmes entre ministères : de 19% à 67% de la rémunération
L'analyse révèle des inégalités massives entre ministères sur le plan des primes. À l'Éducation nationale, les primes ne représentent que 19% de la rémunération moyenne. Au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, elles atteignent 67%. L'indemnité de résidence à l'étranger (IRE) coûte à elle seule 486 millions d'euros pour 6.299 bénéficiaires, soit 77.000 euros bruts par agent en moyenne, exonérés d'impôt sur le revenu. Le rapport note qu'« il s'agit de la prime dont le montant par agent est le plus important de toutes celles examinées par la mission ». Face à un enseignant dont le salaire dépend à 80% du traitement indiciaire gelé, un diplomate voit sa rémunération majoritairement composée d'indemnités. Deux fonctions publiques coexistent sous le même statut, avec des logiques salariales opposées. L'équité républicaine cède devant les rapports de force ministériels.
185 primes concernant moins de 100 agents : symptôme d'une fragmentation
La granularité excessive du système traduit une gestion par exception plutôt que par principe. Chaque situation particulière a généré son propre dispositif indemnitaire. Au lieu de définir des catégories fonctionnelles larges, l'administration a créé des niches réglementaires. Le coût de gestion administrative de ces micro-dispositifs dépasse probablement leur utilité. Le rapport IGF-IGA identifie également le forfait télétravail (30 millions d'euros) comme questionnable : « S'il apparaissait naturel de compenser les charges liées à des conditions de travail imposées par l'administration, ce n'est plus le cas dès lors que le télétravail relève d'une demande de l'agent ». La logique indemnitaire s'est autonomisée, déconnectée de toute rationalité économique. Alors que l'inflation pèse sur les finances publiques, maintenir des dispositifs à faible impact devient indéfendable.
Simplification vs. transparence : les objectifs partiellement atteints
Le RIFSEEP visait trois objectifs : simplifier, rendre transparent, améliorer la lisibilité. Sur les trois, seul le premier a connu un début de réalisation, insuffisant. La transparence reste illusoire quand les écarts ministériels atteignent 48 points de pourcentage sans justification claire. La lisibilité demeure un vœu pieux face à 543 dispositifs aux règles d'attribution opaques. Le ministère des Comptes publics a confirmé que le rapport ferait l'objet de discussions interministérielles, sans préciser de calendrier. La publication discrète du 24 juillet 2026, en plein été, suggère une volonté de limiter l'impact médiatique. Pourtant, avec une manifestation de fonctionnaires prévue le 29 septembre 2026 pour réclamer une augmentation du point d'indice, le sujet devient politiquement explosif.
Vers une refonte du système ?
Deux scénarios s'opposent. Le premier, minimaliste, consisterait à fusionner les dispositifs les plus marginaux et supprimer les primes anachroniques. Économies limitées, tensions syndicales maîtrisées. Le second, structurel, impliquerait de repenser la répartition traitement indiciaire-primes. Revaloriser massivement le point d'indice tout en supprimant une part significative des dispositifs indemnitaires restaurerait l'équité entre ministères et la transparence salariale. Coût budgétaire considérable à court terme, gains de cohérence à long terme.
Dans un contexte de contraintes budgétaires accrues, le gouvernement Lecornu privilégiera probablement l'approche cosmétique. Le RIFSEEP 2.0 risque de ressembler au premier : une réforme qui simplifie à la marge sans résoudre les contradictions systémiques. La question demeure : combien de rapports faudra-t-il avant qu'une véritable refonte intervienne ?
Dans un contexte de contraintes budgétaires accrues, le gouvernement Lecornu privilégiera probablement l'approche cosmétique. Le RIFSEEP 2.0 risque de ressembler au premier : une réforme qui simplifie à la marge sans résoudre les contradictions systémiques. La question demeure : combien de rapports faudra-t-il avant qu'une véritable refonte intervienne ?

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